La doxa dont nous avons hérité selon laquelle l'homme romain aurait été avant tout un guerrier, faisant de la uirtus martiale, de la bravoure, un critère définitoire de son identité de genre, doit être réinterrogée. En effet les épopées latines, loin d'avoir constitué un genre monolithique se définissant par la seule célébration des exploits guerriers, se sont caractérisées par leur grande plasticité, laissant place à la contestation des valeurs martiales, incluant des registres incompatibles avec l'exaltation de la gloire des héros ou redéfinissant la uirtus guerrière en vertu morale sous l'influence de la philosophie. Elles laissent ainsi paraître une uirtus martiale qui n'est plus, à la fin de la République, que le reliquat persistant d'un passé mythique. L'héroïsme guerrier y est alors toujours présent, mais comme un « arrière-plan », tout comme depuis longtemps il n'était plus autre chose dans la société romaine qu'un mythe persistant, sans grand rapport avec la réalité de guerres pour lesquelles il a fallu recourir à des hommes dont la motivation a été de plus en plus pécuniaire. Il semble ainsi qu'un lien se fasse jour entre l'évolution du genre épique mettant à distance l'héroïsme guerrier, thème propre à définir son identité en tant que genre poétique, et le recul de la uirtus martiale en tant que modèle normatif propre à définir l'identité du uir. Les identités masculines pourraient donc s'être pensées à Rome, comme celle du genre épique, dans un rapport de transgression plus ou moins grande du modèle héroïque, toujours présent mais ne s'actualisant plus à moins d'être redéfini. Des processus comparables d'imitation ou de transgression de modèles normatifs étant à l'oeuvre au sein des genres poétiques et dans la construction des identités de genres sexués, la poésie latine a sans doute des leçons d'anthropologie à nous donner.
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